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Parlons-en

La maltraitance des aînés – l’épidémie invisible.
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« Aidez-moi! Je m’inquiète pour mon grand frère et je ne sais pas à qui m’adresser! » Voilà l’appel que Caroline Sulpher (District 21 Renfrew) a reçu il y a environ trois ans. À l’époque, son district organisait des séances d’éducation communautaire sur la maltraitance des aînés, grâce à une subvention du Projet – Au service d’autrui de RTOERO, aujourd’hui appelé le Comité des subventions communautaires et des bourses d’études. Mme Sulpher, alors présidente du district, coordonnait les présentations. La nouvelle s’était répandue dans le comté de Renfrew, et voilà que maintenant quelqu’un la contactait au sujet d’un membre de sa famille. 

Le frère en question avait plus de 70 ans, était marié pour la deuxième fois et devait faire face aux conséquences d’un accident vasculaire cérébral et de handicaps physiques. Selon toute apparence, sa femme ne s’occupait pas de lui et exerçait son contrôle pour tenir sa famille éloignée. 

« La personne au bout du fil était très inquiète pour lui, se souvient Mme Sulpher. Elle sentait qu’il était une victime. »

Mme Sulpher écouta son interlocuteur, puis lui fournit quelques ressources communautaires. Elle n’a jamais connu la suite. Dans ce cas-ci, au moins, un frère ou une sœur s’occupait de son frère. Mais d’autres souffrent seuls. 

La maltraitance des aînés a été qualifiée d’épidémie invisible. Des études indiquent que ces abus touchent entre 4,5 et 7,5 % des aînés canadiens – une proportion probablement inférieure à la réalité. Le site du Réseau canadien pour la prévention du mauvais traitement des aînés (RCPMTA) estime que 10 pour cent des aînés sont victimes d’une forme ou d’une autre de maltraitance : physique, sexuelle, financière ou, comme dans le cas du frère victime d’un AVC, psychologique ou émotionnelle, ou encore de négligence.

En outre, la maltraitance des aînés a pu s’intensifier pendant la pandémie, alors que de nombreux aînés étaient isolés. Raeann Rideout, Directrice, Partenariats provinciaux et sensibilisation, à Prévention de la maltraitance envers les aînés Ontario, note que les appels à la Ligne d’assistance aux personnes âgées ont augmenté de 250 pour cent entre mars 2020 et mars 2021.

La maltraitance des aînés est sous-déclarée. Les victimes ont parfois honte d’en parler. D’autres fois, ils pensent que personne ne les croira. Ou encore, ils refusent d’admettre la présence d’abus, même à eux-mêmes. 

« La plupart des gens ne croient pas qu’ils puissent être victimes », indique Bénédicte Schoepflin, directrice générale du RCPMTA. Mais elle ajoute que cela peut arriver à tout le monde. Et que l’agresseur peut être n’importe qui : ami, voisin, prestataire de soins, conseiller financier, propriétaire, autres personnes en position de confiance ou d’autorité et, généralement, la famille. 

Le fait que les personnes sont souvent maltraitées par des proches explique largement pourquoi tant de cas ne sont pas signalés. Les victimes ne veulent pas causer de problèmes, laver leur linge sale en public ou créer des conflits familiaux, surtout si elles dépendent d’une manière ou d’une autre de leur agresseur. « La personne victime d’abus prendra généralement du temps pour surmonter ses émotions à ce sujet, explique Mme Schoepflin. Pour y parvenir, vous devez d’abord reconnaître ce qui vous arrive. »

RTOERO a identifié la maltraitance des aînés comme un problème critique et a travaillé en étroite collaboration avec Prévention de la maltraitance envers les aînés Ontario. Un constat s’impose : trop peu de personnes comprennent en quoi consiste la maltraitance des aînés et comment la signaler.

« … il faut donner aux gens les moyens de reconnaître que ce type d’incidents n’est pas normal. » – Raeann Rideout

À quoi ressemble la maltraitance?

La maltraitance envers les aînés n’atteint pas toujours le niveau d’une infraction pénale ou civile. « Certaines formes sont plus discrètes », dit Mme Schoepflin. Cependant, toutes les formes d’abus sont inacceptables et causent du tort.

  • Violence physique : Violence et brusquerie pouvant causer des blessures, de l’inconfort ou de la douleur. Il peut s’agir d’une surmédication ou d’une utilisation inappropriée de moyens de contention.
  • Violence psychologique ou émotionnelle : Actions ou traitements qui diminuent le sentiment d’identité, de dignité et d’estime de soi d’une autre personne (par exemple, l’enfermement, les menaces, les agressions verbales, les insultes, l’humiliation, l’intimidation ou l’exclusion des aînés compétents de la prise de décision).
  • Violence sexuelle : Comportement sexuel à l’égard d’un aîné à son insu ou sans son consentement (agression sexuelle, harcèlement sexuel, caresses, commentaires ou plaisanteries de nature sexuelle).
  • Exploitation financière : Utiliser des fonds et des biens à l’insu de la personne, sans son consentement ou de façon contraire à ses intérêts (y compris la fraude, le vol ou des pressions exercées sur une personne pour la priver de ses biens ou de ses possessions).
  • Négligence : Priver la personne des biens de première nécessité comme la nourriture, les vêtements, le logement, les médicaments ou les soins de santé. Cela peut se produire intentionnellement (négligence active) ou en raison du manque d’expérience, d’information ou de capacité d’une personne (négligence passive).

« Les circonstances diffèrent, mais beaucoup d’abus impliquent la coercition, la dévalorisation ou la manipulation », ajoute Mme Rideout. Selon elle, il faut donner aux gens les moyens de reconnaître que ce type d’incidents n’est pas normal.

Comme la fille qui menace sa mère veuve : « Si tu te remaries avec cet homme plus jeune que toi, tu ne verras plus tes petits-enfants! » Ou le fils qui fait signer à son père une procuration afin de « l’aider » et qui transfère ensuite des biens immobiliers à son propre nom. Ou le cousin qui dit : « Tu veux que je t’emmène chez le médecin et que j’aille faire l’épicerie? Alors, arrête de chialer, sinon tu n’iras nulle part. »

Ou bien, c’est peut-être le concierge de l’immeuble qui fait des commentaires de nature sexuelle et qui a les « mains baladeuses » avec la locataire pendant qu’il répare son évier. Ou encore, un préposé aux soins qui fait des remarques désobligeantes lorsqu’un client a de la difficulté à s’habiller.

Les gens se demandent souvent comment ils se sont retrouvés dans une situation de maltraitance – ou bien ils refusent d’admettre que c’est le cas. Pour procéder à une auto-évaluation rapide, posez-vous ces quatre questions :

  1. Quelqu’un m’a-t-il déjà empêché d’obtenir de la nourriture, des vêtements, des médicaments, des lunettes, des prothèses auditives ou des soins médicaux, ou d’être en compagnie des personnes avec qui je voulais être?
  2. Quelqu’un m’a-t-il déjà bouleversé en me parlant d’une manière qui m’a fait sentir honteux ou menacé?
  3. Quelqu’un a-t-il déjà essayé de me forcer à signer des papiers ou d’utiliser mon argent contre ma volonté?
  4. Quelqu’un m’a-t-il déjà fait peur, touché d’une manière indécente ou blessé physiquement?

Si vous avez répondu oui à l’une ou l’autre de ces questions, pensez à vous confier à un membre de votre famille ou à un ami de confiance, ou encore à votre médecin de famille, qui gardera la conversation confidentielle. Ou bien cherchez les ressources communautaires qui peuvent vous aider.

Comment savoir si une personne qui vous est chère est victime de maltraitance? Les indices peuvent être aussi bien évidents que subtils.

  • Blessures ou ecchymoses inexpliquées
  • Changements dans le poids, l’apparence ou l’hygiène
  • Changements d’humeur, comme la tristesse, la peur, la colère, l’anxiété ou le détachement
  • Changements dans les activités ou les comportements habituels
  • Entendre ou voir un aîné se faire traiter comme un enfant
  • Aucune occasion de voir l’aînée seul à seul

De tels signes ne signifient pas nécessairement qu’une personne est maltraitée, mais s’ils constituent des signaux d’alarme, entamez une conversation avec la personne concernée.

Ce ne sera peut-être pas facile.

Les personnes maltraitées ne s’ouvrent pas toujours facilement. Même si vous avez de forts soupçons, il ne sert probablement à rien de demander « Êtes-vous victime d’abus? » – surtout si la personne à qui vous parlez ne qualifie pas d’abus ce qu’elle vit.

Procédez plutôt de façon indirecte. Demandez à la personne comment elle va. Dites-lui avoir remarqué qu’elle ne semble pas « dans son assiette » ou que vous vous ennuyez de ne pas la voir aussi souvent qu’avant. Ne faites pas de commentaires sur la situation de pouvoir et de contrôle, si vous considérez qu’il s’agit d’une situation abusive. Et ne portez pas de jugement.

Une personne victime d’abus pourrait ne pas être prête à avoir une conversation franche tout de suite. En particulier si l’agresseur est un membre de la famille, la victime peut lui trouver des excuses ou être en proie à une grande agitation interne. Gardez la communication ouverte. Montrez à la victime que vous êtes une personne à qui elle peut faire confiance et se confier lorsqu’elle sera prête. 

Et ne vous contentez pas d’être un simple observateur. Si vous avez des inquiétudes immédiates sur la sécurité d’une personne – vous pensez que sa santé ou sa vie est en danger, par exemple – appelez la police.

La maltraitance des aînés n’a pas de cause unique et peut se manifester de manières très différentes. Mais l’âgisme est la raison qui explique pourquoi certains aînés sont des victimes, et aussi pourquoi il peut être difficile de prendre les devants.

« Une société qui pratique l’âgisme s’avère le plus grand obstacle, explique Mme Rideout. Les gens ne croient pas les aînés ou ne les prennent pas au sérieux. En outre, la maltraitance des aînés n’est pas un enjeu prioritaire comme la violence domestique ou la maltraitance des enfants. »

L’âgisme peut aussi être la motivation qui pousse quelqu’un à intervenir, comme le sentiment de devoir aider la personne parce qu’elle est impuissante à le faire elle-même. « Offrez votre soutien, mais ne forcez pas une solution, conseille Mme Schoepflin. À moins qu’une personne soit incapable de décider par elle-même, donnez-lui la possibilité d’être plus autonome. On ne peut pas résoudre un problème découlant de l’âgisme avec encore plus d’âgisme. »

« Les aînés sont souvent victimisés en raison des stéréotypes voulant qu’ils soient fragiles et vulnérables, explique Marta Hajek, directrice générale de Prévention de la maltraitance envers les aînés Ontario. Les autres peuvent penser qu’ils peuvent contrôler plus facilement la personne. »

« Si vous croyez qu’un aîné n’est plus utile à la société, qu’il représente un fardeau, qu’il est faible ou que c’est quelqu’un dont personne ne se soucie, il est plus facile d’assumer un rôle où vous pouvez exercer un certain pouvoir, ajoute Mme Sulpher. L’âgisme n’est pas la maltraitance des aînés, mais c’est le premier pas dans cette triste direction. »

Photo of an elderly man sitting on bed looking out a window

PROMOUVOIR DES DIALOGUES SAINS

RTOERO et Prévention de la maltraitance envers les aînés Ontario ont conclu un partenariat officiel en 2017. 

Alors que vieillir en bonne santé constitue une préoccupation importante, la retraite peut être l’occasion de rechercher des moyens de prendre en charge sa sécurité personnelle, émotionnelle, financière et physique pour se protéger des escroqueries, manipulations, négligences et abus. Pour de nombreux retraités, l’accès à des informations de qualité et à des réseaux de soutien peut faire une différence. Voilà pour les membres tout l’intérêt de ce partenariat entre les deux organisations. 

« Notre priorité est d’assurer que nos membres disposent des informations et du soutien requis pour conserver un mode de vie sain et actif à la retraite, indique Rich Prophet, président de RTOERO. Depuis cinq ans, notre partenariat avec Prévention de la maltraitance envers les aînés Ontario a permis de fournir des informations et un soutien personnalisés en mesure de répondre aux besoins et aux intérêts de nos membres. »

Voici un aperçu de ce partenariat :

  • Contenu personnalisé pour des articles et infolettres
  • Promotion croisée sur les médias sociaux
  • Présentations sur la prévention de la maltraitance des aînés lors d’événements organisés par RTOERO
  • Relations avec les bénévoles
  • Webinaires, diffusions sur le Web et vidéos

Le programme Tea & Talk (Bavardons un peu) élaboré par Prévention de la maltraitance envers les aînés Ontario reflète bien cette collaboration. Les participants aux ateliers Bavardons un peu abordent des sujets difficiles pour les aînés – la maltraitance, le préjudice sexuel, l’âgisme et la discrimination, la prestation de soins, la protection des finances, l’estime de soi, les fréquentations des personnes âgées, ainsi que la communication au sein d’une saine relation.

Prévention de la maltraitance envers les aînés Ontario forme des animateurs bénévoles provenant d’organisations comme RTOERO en vue de la présentation des ateliers Bavardons un peu. Plusieurs membres-animateurs de RTOERO ont dirigé des ateliers Bavardons un peu dans leurs districts.

En savoir plus

Pour vous aider ou aider une personne qui vous est chère, le Réseau canadien pour la prévention du mauvais traitement des aînés (cnpea.ca/fr/) est la meilleure source centrale d’information. En haut de sa page d’accueil, cliquez sur le bouton orange « Obtenir de l’aide » pour être dirigé vers des liens menant à chaque province et territoire. Vous y trouverez des ressources comme des lignes d’assistance, des logements sûrs, des services gouvernementaux, des groupes de défense, des services juridiques et plus encore.

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