Illustration conceptuelle d’une personne gonflant un ballon en forme de cœur

Stimuler son empathie pour un monde meilleur

L’empathie, c’est plus que des conversations sincères et de l'attention
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Le Forum économique mondial publie chaque année un Rapport sur les risques mondiaux qui explore les menaces les plus graves et les plus émergentes auxquelles nous sommes confrontés. On s’attendrait à y trouver des risques comme la dégradation de l’environnement, les conflits violents, les cyberattaques et les inégalités.

Mais il y a quelques années, le rapport faisait état d’un risque moins évident : la perte d’empathie.

« Nous vivons dans un monde de plus en plus anxieux, malheureux et solitaire, indiquait le rapport. La colère augmente et l’empathie semble être en baisse. »

Si c’est le cas, il n’est donc pas étonnant de constater aussi des frictions accrues en société, la polarisation de la politique, un déclin du discours civil et une réticence à examiner les points de vue contraires.

« Être humain, c’est pouvoir ressentir et se soucier des autres. Si nous n’apprenons pas à développer des relations, ce sera l’échec de notre société », indique Mary Gordon, fondatrice de Roots of Empathy, une organisation internationale à but non lucratif basée à Toronto qui propose aux écoles et garderies des programmes axés sur l’empathie.

Pour stimuler son empathie, il faut d’abord comprendre de quoi il s’agit, pourquoi vous pourriez être en train de la perdre et comment la cultiver.

La définition classique de l’empathie est la capacité à se mettre à la place de l’autre. Mais ce n’est qu’une partie de la définition. Le plus important n’est pas seulement ce que vous pourriez ressentir, mais de croire ce qu’une autre personne dit ressentir.

Les études sur l’empathie en décrivent trois types principaux. L’empathie cognitive est intellectuelle. Vous pouvez détecter et comprendre le point de vue d’une personne, tout en conservant un certain recul. Avec l’empathie émotionnelle, vous êtes à l’écoute des sentiments de l’autre. Quant à l’empathie compatissante, elle vous permet d’aider (si nécessaire ou désiré) en faisant quelque chose de concret ou simplement en étant présent pour l’autre personne.

Les éléments de cette combinaison de pensées, de sentiments et d’actions se renforcent mutuellement. Nous pouvons prendre ce qui nous atteint dans notre tête et notre cœur et le transformer en une réponse appropriée.

Illustration conceptuelle d’une femme poussant le fauteuil roulant d’une autre femme dont la jambe est soutenue par un ballon en forme de cœur
Illustrations par Sam Island

Les trois types d’empathie font appel à quelque chose de différent en nous. Si un proche est malade, l’empathie cognitive peut vouloir dire être tout simplement désolé ou ressentir de la pitié. Avec l’empathie émotionnelle, vous être réellement bouleversé; vous vous mettez au niveau de la personne. L’empathie compatissante consiste à lui apporter un repas et à lui tenir compagnie.

L’empathie se transforme trop souvent en témoignage personnel – « Moi aussi j’ai divorcé, alors je sais ce que tu ressens » – et en conseils non sollicités – « Voici ce que je ferais à ta place » – ou, peut-être involontairement, en minimisant la réalité que vit l’autre personne – « Au moins, ils ont détecté ton cancer tôt ». 

Une partie du problème? Selon Mme Gordon, les gens aiment se précipiter pour régler les problèmes et ne savent pas comment « rester tranquilles » quand l’autre personne recherche simplement de la compréhension et un contact humain. « Tout le monde veut bien faire, mais notre culture est ignorante sur le plan émotionnel », explique-t-elle.

Mme Gordon voit un lien entre acquérir des qualités d’empathie et notre capacité à gérer les relations, à être inclusif, ainsi qu’à cerner et à résoudre les problèmes de la société.

L’empathie authentique nous permet d’être curieux et bienveillants. En démontrant plus d’empathie, nous sommes mieux en mesure d’accepter des personnes dans toutes sortes de milieux et de circonstances. Nous pouvons vivre et travailler ensemble de façon plus harmonieuse. Et nous sommes plus enclins à valider les expériences des autres, à les dynamiser et à partager des comportements qui profitent à d’autres individus et groupes.

Pourquoi ce manque d’empathie?

L’une des théories pointe vers notre monde plus insulaire. De plus en plus de gens vivent dans des villes où ils ne connaissent pas leurs voisins. En 2016, vivre seul est devenu pour la première fois le type de ménage prédominant au Canada. Environ 4,4 millions de Canadiens (et ce chiffre est en hausse) vivent seuls aujourd’hui.

Notre usage de la technologie nous isole encore davantage : achats en ligne, travail à distance, et divertissements avec des appareils et des activités individuelles.

« Je pense que nous vivons une crise de contacts sociaux, car nous sommes devenus isolés sur le plan social », précise Mme Gordon.

Les médias sociaux n’aident pas la situation. Ils peuvent nous donner l’impression d’être en contact, mais les algorithmes nous enferment encore plus profondément dans notre propre univers. Nous passons plus de temps avec des personnes partageant les mêmes idées, souvent de façon anonyme, et délaissons celles ayant des opinions différentes des nôtres. Cela peut faire naître des préjugés, car nous en avons tous.

Selon Mathieu Lajante, professeur associé à la Ted Rogers School of Management de l’Université métropolitaine de Toronto, tout cela s’ajoute à une culture qui encourage déjà l’égoïsme dans tous les domaines, qu’il s’agisse de l’avancement au travail, de l’achat d’une maison ou de la consommation.

« Nous sommes une société égocentrique et individualiste. Il est plus difficile de ressentir de l’empathie envers quelqu’un si vous le considérez comme un concurrent », explique M. Lajante, un spécialiste des neurosciences qui a étudié le rôle de l’empathie dans les services aux consommateurs.

Ce sentiment de compétitivité n’est pas nouveau mais s’aggrave, selon lui. En outre, un monde en apparence plus incertain et volatile peut créer de l’angoisse et nous faire nous replier sur nous-mêmes. Selon une étude publiée en 2022 dans le Journal of Neuroscience, ce surcroît de stress fait en sorte que même les personnes les plus empathiques et altruistes ont tendance à devenir plus égoïstes.

De plus, la société semble considérer que si quelqu’un d’autre gagne, vous êtes le perdant. Cette « mentalité de pénurie » peut influencer notre façon d’évaluer toutes sortes de politiques, de développements et de décisions, et réduire notre empathie envers ceux qui souffrent ou qui sont dans le besoin.

« L’accent mis sur soi-même consiste à calculer ce qui peut vous aider ou vous nuire », explique Margaret McCuaig-Johnston, attachée supérieure de recherche à l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l’Université d’Ottawa.

Notre exposition aux traumatismes et à la souffrance s’avère aussi un facteur de lassitude en matière d’empathie. Ces dernières années, le fait de vivre des crises constantes, comme la pandémie de COVID, les urgences liées au changement climatique et les conflits mondiaux, peut nous épuiser et nous désensibiliser.

Illustration conceptuelle d’une personne gonflant un ballon en forme de cœur

Faites le plein d’empathie

Vos réserves d’empathie sont à sec? Vous devrez peut-être vous mobiliser pour refaire le plein.

« Le plus important est simplement d’écouter, dit Mme Gordon. Soyez attentif à faire preuve d’empathie en écoutant, ce qui veut dire en ne portant pas de jugement et en ne faisant pas de suppositions. Baissez la garde. N’interrompez pas. Et n’intervenez pas pour réaffirmer. Ne comblez pas les trous. Soyez simplement là pour la personne. »

D’autres stratégies existent pour stimuler l’empathie. Les gens ont tendance à éprouver de l’empathie pour les personnes comme eux. Passez donc plus de temps avec de nouvelles connaissances, visitez de nouveaux endroits, entreprenez de nouvelles activités et lisez de tout. Tout cela peut vous rendre plus curieux et plus ouvert, et vous exposer à des réalités et à des expériences différentes. En prime, vous pourriez vous faire de nouveaux amis.

Essayez chaque jour de faire un geste impromptu de gentillesse. Même les plus petites attentions nous habituent à penser au-delà de nous-mêmes.

Au-delà des gestes, stimuler l’empathie passe par la réflexion. Entretenez-vous des idées préconçues qui vous amènent à porter des jugements sur les autres au lieu de les comprendre? Peut-être est-ce en raison d’informations inexactes ou incomplètes? Il est humain d’avoir des préjugés. Analyser les vôtres peut vous aider à voir le monde de façon plus affable.  

Que faire si vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un? Résistez à l’envie de faire la morale, de débattre ou de médire. Arrêtez-vous un instant. Laissez à chacun la possibilité d’expliquer de quelle façon il est parvenu à son point de vue. Voyez l’autre comme une personne et pas seulement comme un point de vue. Misez sur ce que vous avez en commun plutôt que sur ce qui vous divise.

L’empathie vous aide à gérer vos émotions et à vous sentir moins seul, ce qui favorise une bonne santé mentale. L’empathie peut renforcer les relations personnelles ou faire toute la différence pour un étranger que vous croisez et que vous ne reverrez peut-être jamais. Et prendre de la distance par rapport à nous même est un point de départ pour progresser sur les grands défis sociaux, allant de la discrimination raciale à la réconciliation avec les peuples autochtones.

Il n’est pas toujours facile de faire preuve d’empathie. C’est l’une des raisons pour lesquelles des entreprises tentent de la reproduire dans le service à la clientèle en recourant à l’intelligence artificielle (IA).

Les robots conversationnels peuvent désormais « écouter » et imiter les sentiments d’un client. Dans un sondage réalisé par un fabricant de logiciels, 71 pour cent des répondants ont déclaré que l’IA rendra l’expérience des clients plus empathique. Une autre étude d’un chercheur de l’Université de Californie a montré que les robots conversationnels sont aussi précis et bien plus empathiques que les médecins lorsqu’il s’agit de répondre aux questions de base des patients. Cela dit, la preuve reste à faire.

Si nous en sommes au point de rechercher une empathie artificielle, il est temps de viser à favoriser l’empathie réelle. En fin de compte, l’empathie crée des communautés où les gens ont un sentiment d’appartenance et où ils s’estiment vus, entendus et appuyés.

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