Illustration of children playing a christmas concert for parents in a small schoolhouse

Noël au milieu de nulle part

Le spectacle annuel de l’école qui allait faire oudéfaire ma réputation.
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En décembre, l’enseignant issu de l’immigration britannique fut confronté à son plus grand défi.

La vie n’était pas facile pour ce nouvel arrivant à Biscotasing (Ontario), une communauté d’environ 100 habitants entre Sudbury et Chapleau, sur la ligne ouest du Chemin de fer Canadien Pacifique.

« Pas facile » est un euphémisme. À vrai dire, il n’y avait pas grand-chose. Pas de route, pas d’électricité, pas d’eau courante, à moins de courir au puits. Au milieu d’un éparpillement de petites maisons se trouvaient la gare, une église ouverte uniquement en saison, et l’école.

Le jeune enseignant avait peu de raisons d’être optimiste. Son salaire pour dix mois était bien inférieur au seuil de pauvreté actuel, et il ne bénéficiait d’aucun avantage social. Chaque mois, il s’endettait davantage, car il devait faire venir sa nourriture par train et commander ses vêtements par catalogue.

À l’école non éclairée – S.S. #1 Margaret – dont il était également le concierge pour 40 dollars par mois, il coupait souvent du bois avec une scie à bûches pendant la récréation de ses élèves. Pour enseigner, il pouvait compter sur un ensemble de livres de lecture et une boîte de livres gracieusement offerts par l’Ordre impérial des filles de l’Empire. Les deux cartes géographiques sur rouleaux étaient recouvertes de publicités de barres de chocolat, qui, au moins, n’apparaissaient que sur les océans. Pendant la nuit, le poêle de deux mètres de long abritait les bouteilles d’encre des enfants plus âgés, mais il arrivait souvent le matin qu’une bouteille gelée se soit fendue et qu’elle ait taché le sol d’une flaque bleu foncé.

Pour 20 dollars par mois, l’enseignant vivait dans une maison fournie par son conseil scolaire. L’endroit était à peine isolé avec de la sciure de bois et tanguait dans le vent, mais c’était tout de même un abri.

Des passants avaient récemment laissé fortement entendre à l’enseignant que si la visite annuelle de l’inspecteur scolaire permettait d’évaluer ses compétences, ce serait le spectacle annuel qui établirait sa réputation dans la communauté.

Dans la semaine précédant les vacances de Noël, les enfants les plus âgés avaient déniché un très long fil de fer et un grand rideau poussiéreux complètement mité. Le fil fut tendu à travers la salle et l’abject rideau servit de décor. Il n’y avait pas de lumière, mais des chandelles étaient allumées derrière le rideau – aucun pompier volontaire n’était en vue pour se plaindre. Les spectateurs avaient apporté leurs propres lanternes Coleman, pour ajouter une ambiance festive et lumineuse.

La tradition a favorisé l’enseignant. Le public a applaudi et réagi bruyamment à toutes les petites récitations, aux courts sketches et aux pièces en un acte. C’étaient leurs enfants sur scène, et tout ce qu’ils faisaient était bien.

À l’entracte, les enfants ont vendu des boissons gazeuses et des croustilles pour amasser des fonds afin de financer un terrain de jeu grandement nécessaire. On a fait passer un chapeau pour recueillir les dons.

Sorti faire une pause sous les étoiles, l’enseignant a reçu quelques timides hochements de tête d’approbation. Un spectateur bien intentionné lui a tendu son flacon d’alcool. L’enseignant a pris une gorgée pour être poli, mais l’alcool maison lui a mis la bouche en feu.

De retour à l’intérieur, le spectacle a continué.

Un garçon a passé la tête à travers le rideau en criant « Fermé! Le magasin est fermé! », ce qui a provoqué des éclats de rire, car le commerçant n’ouvrirait jamais après la fermeture.

Mais c’est la finale qui a rendu ce concert mémorable. Le rideau a été ouvert pour révéler les élèves de 8e année – quatre garçons et une fille – habillés en noir, avec des « guitares » en carton noir accrochées au cou. L’aiguille du gramophone à manivelle qui avait été emprunté a joué « Hound Dog », le dernier succès d’Elvis Presley. Les cinq élèves se sont mis à gesticuler et à chanter en chœur avec Elvis. À la fin du morceau, ils ont écrasé leurs guitares en carton sur la tête les uns des autres.

Les rires ont résonné pendant un bon moment dans la salle. En repartant, les parents ont commenté « Pas mal bon, monsieur l’enseignant ». Le grand manitou de cette troupe hétéroclite venait de recevoir l’approbation de sa communauté.

Dix ans plus tard, l’école a fermé pour être démolie; son site est aujourd’hui recouvert de broussailles. La gare a disparu et il ne reste qu’un chemin de terre menant à l’autoroute. Au dernier recensement, on ne comptait plus que 22 résidents. À la retraite depuis 30 ans après une respectable carrière, cet ancien enseignant se demande ce qu’il est advenu des élèves de cette petite école mal équipée, plus de 60 ans après. Il a beaucoup appris de ces enfants.

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