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Genre, sexe et vieillissement

Soins de santé standard : pas pour nous tous.
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Il semblerait absurde de prescrire le même traitement à une adolescente de 15 ans qu’à un homme de 40 ans, n’est-ce pas? Il doit sûrement exister des différences de traitement en fonction de l’âge et du sexe. Alors, pourquoi adopter une approche unique pour les aînés?

Selon la Dre Paula Rochon, titulaire de la Chaire RTOERO de médecine gériatrique à l’Université de Toronto, c’est parce que nous ne posons pas la question suivante : en quoi sommes-nous différents?

C’est seulement à partir des années 1990 qu’il est devenu obligatoire aux États-Unis d’inclure les femmes dans les études liées à la santé. Malgré cela, les rapports de ces études ne ventilent pas toujours les résultats en fonction du sexe (une classification biologique) et du genre (une construction socioculturelle). Il n’existe donc aucun moyen d’interpréter les réactions possiblement différentes des femmes et des hommes aux traitements.

Mais il y a pire. L’inclusion des aînés dans les études n’a été recommandée que ces dernières années. Et cette cohorte est souvent traitée comme un groupe unique et homogène.

« Lorsque l’on examine la plupart des rapports publiés, il y est question d’aînés, sans faire de distinction entre les sexes et les groupes d’âge, commente la Dre Rochon. Toutes les personnes sont traitées de la même façon, alors que leurs besoins sont très différents. Il est vraiment important de posséder des données permettant de prendre des décisions pour les femmes plus âgées, qui sont complètement invisibles. »

Si vous vous demandez pourquoi ce n’est pas encore le cas, vous n’êtes pas seul. La Dre Rochon se pose la question de savoir si nous n’examinons pas les données de cette manière à cause de l’âgisme – ou de l’âgisme sexué (une combinaison d’âgisme et de sexisme). Tant les traitements médicaux que la conception de nos maisons et de nos communautés ont un impact sur notre santé, notre qualité de vie et notre longévité, et des données appropriées permettraient de prendre de meilleures décisions sur ces sujets.

« Si vous présentez des informations en fonction du sexe et de l’âge, des modèles de ce qui n’était pas apparent auparavant vont émerger, explique-t-elle. Cela s’applique aux urbanistes, mais aussi à la recherche – lorsque vous étudiez les crises cardiaques ou l’arthrite, vous perdez énormément d’informations si vous négligez d’examiner les données de différents groupes. »

L’impact de l’absence de données et de rapports stratifiés s’avère évident en pharmacothérapie – un domaine d’intérêt pour la Dre Rochon et son groupe de recherche. Les femmes, et en particulier les plus âgées, sont plus exposées aux effets secondaires des médicaments. « Les médicaments ne sont pas toujours adaptés aux besoins des aînés ou des femmes, ou des plus âgées parmi celles-ci. Dans ce contexte, certaines se font prescrire des doses trop élevées pour elles. »

Nous savons qu’il existe des différences entre les sexes pour des affections comme les cardiopathies, la maladie d’Alzheimer et la dépression, mais la Dre Rochon constate que ce phénomène s’avère plus répandu. Si on ne commence pas à questionner et à recueillir des données, on ne saura pas ce qui peut être différent selon les personnes.

Dans le cadre de leurs recherches, la Dre Rochon et son équipe tiennent déjà compte de l’âge, du sexe et du genre. À l’automne 2021, ils ont lancé un centre scientifique unique en son genre, le Women’s Age Lab, afin d’élargir leur travail et son impact.

« En examinant les rapports publiés, on ne fait pas de distinction entre sexes et groupes d’âge. » – Dre Paula Rochon

L’objectif est d’améliorer les soins de santé et les services sociaux pour les femmes plus âgées, et la Dre Rochon estime que certaines choses évidentes peuvent être corrigées. « D’après nous, l’un des outils pouvant s’avérer utile serait de demander aux scientifiques et aux décideurs politiques – toute personne disposant de données – de présenter ces informations par sexe et par groupe d’âge. Supposons que vous faites une enquête sur les préférences des gens en matière de transport : stratifiez vos résultats et examinez les différences et les tendances en fonction des femmes et des hommes selon les différents groupes d’âge. »

Le laboratoire fournira un espace de collaboration pour susciter des solutions. Il regroupera des personnes de tous âges, des scientifiques, des décideurs politiques et des fournisseurs de soins de santé autour de quatre grands axes d’action : lutter contre l’âgisme sexué, revoir le programme « vieillir chez soi » et les soins collectifs, optimiser les traitements et promouvoir les contacts sociaux.

Les résultats comprendront des informations et des outils pour les cliniciens, comme une analyse de 2021 de la documentation cosignée par la Dre Rochon et son collègue, le Dr Nathan Stall, avec une équipe internationale de gériatres de six pays. Cette analyse porte sur la manière d’optimiser la prescription de médicaments pour les aînés en réduisant les doses ou en cessant la prise des médicaments qui ne sont plus nécessaires. Elle explore la manière dont il faut tenir compte du sexe et du genre lors de la prescription et de la déprescription médicamenteuse, et fournit aux cliniciens un guide étape par étape, basé sur l’acronyme DRUGS (voir SAFE DRUGS à droite), pour appuyer la prise de décision.

Le guide met en évidence les considérations liées au sexe et au genre. Par exemple, sous la rubrique G – Gériatrie – approche – le guide souligne que « les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’avoir plusieurs problèmes médicaux, d’être fragiles et de subir les effets indésirables des médicaments; les hommes sont plus susceptibles que les femmes d’adhérer aux traitements médicamenteux; les femmes pourraient être moins en mesure de payer les médicaments que les hommes, ce qui diminue la fidélité au traitement. »

La Dre Rochon reconnaît que son équipe devra diffuser l’information au-delà des revues médicales pour accélérer le passage de la science à l’action.

« Nous réfléchissons à la manière de mettre ces informations en pratique dans les hôpitaux ou dans un cadre communautaire – comment appliquer ce que nous apprenons? Nous voulons aussi que les gens nous informent de ce qui est important pour guider notre réflexion et la rendre pertinente », explique-t-elle.

Les patients ont aussi un rôle à jouer dans cette tâche essentielle. Nous pouvons poser des questions. Par exemple, comment ce traitement peut-il avoir un impact différent sur moi parce que je suis une femme? Ou à cause de mon âge avancé? Devrait-on revoir ma liste de médicaments pour s’assurer qu’ils sont toujours nécessaires? Nous pouvons aussi poser ces questions au nom de nos conjoints et de nos proches.

« Dire à votre médecin que les gens veulent des informations à ce sujet, cela fait partie d’une démarche de mobilisation. C’est important », indique la Dre Rochon. Les médecins n’ont peut-être pas des réponses immédiates, mais s’ils ne se questionnent pas déjà eux-mêmes, les demandes des patients peuvent les inciter à chercher des réponses.

« Dans une optique de mobilisation, la population plus âgée devient plus nombreuse que celle plus jeune, continue-t-elle. Les gens veulent faire entendre leur voix, et je pense que cela doit être important pour tout le monde. »

Safe Drugs
Aperçu du guide DRUGS des cliniciens pour favoriser la sécurité des médicaments pour les aînés
D – Discuter des objectifs des soins et de ce qui compte le plus pour le patient
R – Revoir les médicaments.
U – Utiliser des outils et des cadres.
G – Gériatrie – approche.
S – Stopper les médicaments.

L’impact de la Chaire de médecine gériatrique RTOERO

En 2014, avec le soutien de ses membres et grâce à une dotation de 3 millions de dollars, RTOERO a créé la Chaire RTOERO de médecine gériatrique à l’Université de Toronto. La Dre Paula Rochon est la titulaire de la chaire depuis sa création, et l’université a récemment renouvelé son mandat pour cinq autres années. Les intérêts accumulés de la dotation continuent de financer la recherche, et le groupe a également obtenu un financement fédéral.

La Dre Rochon et son groupe de recherche continuent de collaborer avec RTOERO, notamment avec la Fondation RTOERO, pour recueillir les commentaires des membres et les informer par des webinaires et des articles.

« Ce qui est formidable avec la Dre Rochon est que, quelles que soient la profondeur et l’étendue incroyables de son travail, elle trouve toujours le temps de rencontrer la Fondation pour discuter et collaborer, indique Mike Prentice, directeur général de la Fondation RTOERO. Généreuse de son temps, elle partage son travail et ses connaissances avec les membres de RTOERO afin que nous puissions tous profiter de ses recherches. »

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