Focus sur l’avenir

Tirer des leçons de la vie
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En vieillissant, sur quoi pouvons-nous compter pour nous sentir bien?

Voilà ce que deux psychologues de Chicago ont tenté de découvrir en testant 300 personnes âgées de 60 à 89 ans. Ces chercheurs ont constaté que celles et ceux qui étaient en mesure d’apprécier les leçons de la vie étaient plus satisfaits et plus susceptibles de considérer cette étape comme une période de croissance. Ayant des perceptions positives, ces personnes avaient tendance à « considérer l’âge adulte avancé comme une période d’apprentissage et d’engagement soutenu », ont écrit les auteurs de l’étude publiée en 2019 dans la revue Aging & Mental Health.

Les leçons de la vie nous façonnent et nous réconfortent. On peut retracer leur impact en regardant derrière nous et s’en inspirer pour continuer. Nous avons parlé à trois membres de RTOERO qui se sont penchés sur les leçons apprises au fil de leur vie, qui les ont guidés et qui les aident maintenant à planifier les prochaines étapes de leur cheminement.

Christine Bretherick, à gauche, avec Hariett Madigan, fondatrice de Living Fit, un programme destiné aux aînés. Cette œuvre artistique est tirée du projet intergénérationnel Poppy at TheVillage de Canadore College.

Leçon de vie : Quand il n’y a pas de chemin, construisez-en un

Christine Bretherick (District 31 Wellington)

Christine Bretherick est originaire d’une petite ville du Pays de Galles appelée Burry Port. L’endroit est célèbre pour avoir été en juin 1928 le lieu d’atterrissage de l’avion transportant Amelia Earhart depuis Terre-Neuve – le premier vol transatlantique effectué par une femme.

La ville a érigé un monument à la mémoire de cette pionnière, et Bretherick adore une citation de la légendaire aviatrice : « Certains d’entre nous ont déjà en eux de superbes pistes de décollage. Si c’est votre cas, envolez-vous! Dans le cas contraire, il vous incombe de prendre une pelle et d’en construire une pour vous et ceux qui suivront. » [traduction]

Mme Bretherick avait enseigné pendant un an à Londres, en Angleterre, mais de retour au Pays de Galles, elle ne trouvait pas de travail. Elle et son mari décidèrent donc de venir au Canada pendant trois ans. Elle est arrivée ici à 23 ans, par un jour glacial de janvier 1976. À l’aéroport de Toronto, « l’entrée de l’aire d’attente pour les bagages était gelée », se souvient-elle.

Elle a enseigné pendant les cinq années suivantes et s’est arrêtée à la naissance de la première de ses trois filles. Mme Bretherick est retournée à l’université lorsque sa fille aînée fut âgée de neuf mois, pour étudier l’anglais un cours à la fois. Elle a obtenu son diplôme en 1989 et est retournée enseigner à Guelph, où la famille vivait maintenant.

À plusieurs reprises, Mme Bretherick a dû construire sa propre piste de décollage. Le jour de l’obtention de son diplôme universitaire, elle a appris que son mari avait une liaison avec une voisine. Elle trouva rapidement une maison à louer pour elle et ses enfants. Un an plus tard, à la recherche d’un compagnon, Mme Bretherick a placé une annonce dans le journal. Elle rencontra quelqu’un avec qui elle est en couple depuis.

Un défi bien plus grand est survenu lorsque sa fille cadette, Andrea, alors âgée de 10 ans, s’est évanouie dans une piscine lors d’une sortie scolaire et dut être réanimée. La cause, inconnue à l’époque, était une arythmie cardiaque congénitale. Au début, un neurologue a dit à Mme Bretherick qu’elle était simplement une mère trop anxieuse. Il a fallu 18 mois pour diagnostiquer correctement le problème d’Andrea et le corriger avec un stimulateur cardiaque.

« J’ai dû me mobiliser en faveur d’Andrea, car je n’obtenais pas de réponses. Toute cette histoire m’a donné la confiance nécessaire pour frapper à n’importe quelle porte. »

Récemment, Mme Bretherick a frappé à d’autres portes lorsqu’elle a pris un nouveau départ en déménageant de Guelph à Callander, en Ontario, pour être près de ses enfants. Elle a saisi l’occasion pour faire du bénévolat au Callander Bay Heritage Museum et en aidant les élèves à créer une série de peintures que le musée a exposées. Aujourd’hui, elle est bénévole au Village du Canadore College, un établissement pour les aînés, afin de promouvoir les arts.

Notre chemin de vie peut suivre des tours et des détours. Parfois, il n’existe même pas. En pareil cas, Mme Bretherick reste prête. « J’ai toujours ma pelle », dit-elle.

« J’ai dû me mobiliser en faveur d’Andrea, car je n’obtenais pas de réponses. Toute cette histoire m’a donné la confiance nécessaire pour frapper à n’importe quelle porte. »

— Christine Bretherick

Brice Balmer avec des étudiants à Qom, en Iran, où il a enseigné au niveau supérieur à des imams préparant leur maîtrise ou leur doctorat.

Leçon de vie : Viser les progrès et responsabiliser les autres

Brice Balmer (District 11 Waterloo Region)

À l’obtention de son diplôme en 1966 au Bluffton College, une école mennonite de sa ville natale de Bluffton, dans l’Ohio, Brice Balmer savait quelle serait sa prochaine étape importante. Un poste d’enseignant l’attendait à Columbus, la capitale de l’État, à 150 km de là. Mais le Mennonite Central Committee, une agence de secours et de paix, envoya d’abord M. Balmer à Atlanta pour l’été.

Là-bas, il travailla dans un centre communautaire et une école secondaire, étant la seule personne blanche dans une communauté noire. De retour dans l’Ohio, il enseigna dans une école réservée aux Blancs. « J’avais l’impression de vivre dans deux pays différents, ce qui suscita énormément de confusion dans mon esprit », se souvient-il.

M. Balmer se posait de nombreuses questions sur la ségrégation, les préjugés et la signification d’être un Américain. Il déménagea à Cincinnati pour travailler pour un programme de lutte contre la pauvreté et enseigner à de jeunes femmes qui avaient décroché de leurs études. Désireux d’en faire plus, il entra au séminaire pour suivre la quête de sa vie : « la recherche de la justice et de l’équité ».

Pendant les sept années suivantes, M. Balmer travailla dans une paroisse urbaine à Denver. Il déménagea à Kitchener en 1979 pour se rapprocher de sa famille dans l’Ohio et de celle de sa femme en Ontario. M. Balmer a longtemps été le co-pasteur de la First Mennonite Church de Kitchener. Pendant 24 ans, il a aussi été le directeur de l’aumônerie de la House of Friendship, qui vient en aide aux résidents de la région de Waterloo ayant besoin de nourriture, de logement, de ressources communautaires ou de traitement de la toxicomanie. 

M. Balmer a également fait partie des facultés du Waterloo Lutheran Seminary, du Anabaptist Mennonite Biblical Seminary (en Indiana), du Renison University College (affilié à l’Université de Waterloo) et de la Faculté de travail social de l’Université Wilfrid Laurier.

Au cours de sa carrière, il s’est senti attiré par les personnes marginalisées. Il a beaucoup travaillé dans le domaine du traitement des dépendances et s’est intéressé de près à l’aide sociale et au logement, notamment aux effets de l’absence de domicile fixe à long terme sur la santé mentale, la dépendance et la guérison. Il a également œuvré auprès de personnes souffrant de handicaps physiques (en contribuant à la création d’un centre de vie autonome), de réfugiés et de personnes vivant dans la pauvreté.

Auparavant, M. Balmer était aussi directeur général de l’Interfaith Social Assistance Reform Coalition. Aujourd’hui à la retraite, il est bénévole auprès des services sociaux musulmans de la région de Waterloo.

Lorsque les manifestations du mouvement Black Lives Matter ont éclaté à l’été 2020, M. Balmer a écrit un article d’opinion pour le Waterloo Region Record. L’auteur y évoquait ses expériences à Atlanta et à Cincinnati où il avait observé des inégalités, et se disait reconnaissant que celles-ci ont incité celui qu’il appelle un « homme blanc privilégié » à se mettre en quête de progrès.

Le désir de permettre à des personnes confrontées à toutes sortes de difficultés de s’assumer reste le fil d’Ariane de toute sa vie. « Je travaille fort pour aider les gens, pour cheminer avec eux, afin qu’ils puissent avoir une vie satisfaisante et s’intégrer à la société autant qu’ils le désirent », conclut M. Balmer.

Ci-dessus : Brian Middleton lors d’un atelier de peinture numérique à Opus Art Supplies en C.-B. en 2014. À droite : Brian et son conjoint, Carl McLuhan, à Carlisle en Ontario en 1979, peu après avoir commencé son apprentissage avec Gerard Brender à Brandis.

Leçon de vie : Ne jamais cesser d’explorer

Brian Middleton (District 47, Vancouver Island)

Qu’il travaille sur des toiles traditionnelles ou, plus récemment, sur des peintures numériques, Brian Middleton est fasciné par l’art depuis 50 ans. « Personnellement, je vois l’art comme une occasion sans fin d’explorer, de découvrir, d’expérimenter et de créer quelque chose qui n’existait pas auparavant », résume-t-il.

Bien que la peinture ait été son passe-temps, la joie de rechercher et d’apprendre est aussi ce que tout enseignant essaie d’inculquer à ses élèves. C’est ce que M. Middleton a fait tout en enseignant le français, l’art et l’anglais langue seconde à Toronto, Brantford et Guelph.

Son cheminement vers l’enseignement et l’art n’était pas planifié. En 1972, il étudiait l’histoire et le français à l’Université York, songeant à peut-être faire carrière dans la fonction publique, lorsqu’il décida de participer à un échange en France. L’art était partout autour de lui. Pendant son séjour à l’étranger, M. Middleton a visité le Jeu de Paume à Paris, le musée du Prado à Madrid et l’atelier de Paul Cézanne à Aix-en-Provence, la ville où il étudiait.

Un déclic est alors survenu. Jusque-là, M. Middleton était très concentré sur ses études. « J’étais un excellent étudiant. Tous mes efforts visaient la réussite dans mes études. Ce fut ma première occasion de réfléchir à ce que je voulais faire d’autre dans la vie. À un moment, je me suis dit : ‘je crois pouvoir peindre’. Je n’avais aucune formation, juste un désir énorme. C’était fou, un changement complet de direction, et je n’arrêtais pas d’y penser. »

C’est en commençant à dessiner qu’il découvrit qu’il avait un certain talent. De retour à Toronto, M. Middleton suivit des cours d’art le soir. Après l’Université York, il fut accepté à l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario.

Diplôme en poche, M. Middleton travailla comme apprenti chez un graveur sur bois, fit de petits boulots et donna aussi quelques cours. Par l’entremise de son futur mari, un enseignant, il saisit l’occasion d’enseigner la calligraphie aux adultes lors de cours du soir. M. Middleton retourna à l’université à l’âge de 32 ans pour devenir enseignant, une profession qu’il trouvait valorisante et dans laquelle il fit carrière à plein temps pendant 25 ans.

M. Middleton se souvient s’être demandé, quand il était dans la vingtaine, ce qu’il voulait faire de sa vie. Gagner de l’argent ne pouvait pas être le seul but. Il réalisa qu’il avait besoin d’être en contact avec les gens et de partager ses passions. Que ce soit comme artiste ou enseignant, il s’exprime. « Quelque chose d’authentique survient au contact des autres », constate-t-il.

À la retraite, il travaille sur ses propres œuvres artistiques et organise des ateliers de peinture numérique pour les adolescents et les adultes. L’apprentissage et la créativité ont beaucoup en commun. Pour M. Middleton, c’est là l’occasion de s’épanouir et de tracer son chemin. C’est le plaisir d’explorer. « Personnellement, l’art est plus une affaire de processus. Et la vie est un long processus. Si vous y travaillez suffisamment, vous pouvez créer quelque chose qui porte votre signature. » 

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