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Thérèse Gagnier est devenue enseignante pendant la guerre
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Aînée d’une famille bilingue de dix-sept enfants, Thérèse Gagnier (District 27 Ottawa-Carleton) grandit pendant la Grande Dépression dans la ferme familiale à Hammond, dans l’Est ontarien. Ses parents sont peu fortunés, mais l’éducation est une valeur importante pour eux, et ils s’assurent que leur fille puisse terminer ses études secondaires chez les religieuses au couvent Notre-Dame-du-Sacré-Cœur (aussi connu comme le couvent de la rue Rideau) à Ottawa.

« Au début, je pleurais souvent, se souvient Thérèse. J’ai eu de la difficulté à m’adapter à cette nouvelle vie dans la grande ville, loin de ma famille. Je me sentais intimidée et un peu perdue. Dès la première visite de mes parents, j’ai voulu rentrer à la maison, mais ils m’ont rappelé les sacrifices qu’ils avaient faits pour m’envoyer au couvent, et que j’avais le choix : devenir maîtresse d’école ou ménagère dans des maisons privées. J’ai aussi compris que je devais gagner de l’argent pour payer les études de ma petite sœur. » Sept de ses frères et sœurs feront d’ailleurs eux aussi carrière dans l’enseignement plus tard.

Au fil des mois, Thérèse s’adapte peu à peu à sa nouvelle vie « en ville ». Le samedi, elle a la permission d’aller aider son père à vendre des produits de la ferme comme le poulet, le porc, le bœuf et les légumes au marché By d’Ottawa, l’un des plus anciens et des plus vastes marchés publics au pays. « Je me souviens de la visite du roi George VI et de la reine Elizabeth (mère) à Ottawa. C’était impressionnant et j’étais fascinée par toutes ces automobiles que je voyais. » La Seconde Guerre mondiale éclate deux jours après l’arrivée de Thérèse chez les religieuses en 1939. « Elles nous protégeaient et nous n’étions pas vraiment au courant de ce qui se passait ailleurs dans le monde. » La jeune fille apprend les nouvelles à la radio lorsqu’elle retourne travailler à la ferme pendant l’été.

« Nous étions un peu craintives, se souvient-elle. On ne savait pas à quoi s’attendre et nous avions peur qu’un membre de la famille soit forcé de s’enrôler dans l’armée en raison de la conscription. J’ai perdu un bon ami lors du raid sur Dieppe en 1942. » Elle sesouvient de discussions au sujet des exemptions pour ceux qui travaillaient à la ferme ou dans les manufactures de munitions. Tout le monde contribuait à l’effort de guerre; même les filles ne pouvaient s’acheter qu’une seule paire de bas de nylon parce que cette matière synthétique servait à la fabrication de parachutes. Les familles recevaient des carnets contenant des coupons de rationnement pour acheter la nourriture. L’essence et les pneus étaient aussi rationnés, de sorte que les résidents d’Ottawa devaient compter sur les tramways pour aller travailler.

Malgré les appréhensions de ses premiers jours de couventine, Thérèse a toujours rêvé d’être enseignante, comme sa tante Gertrude. En 1941, elle entreprend ses études à l’École normale de l’Université d’Ottawa. Un an plus tard, alors âgée de 19 ans, elle devient l’enseignante d’une classe bilingue dans une école de rang à Bourget (à 50 kilomètres d’Ottawa).

À l’époque, se souvient Thérèse, les garçons et les filles entraient par des portes différentes. La jeune maîtresse d’école à peine sortie de l’adolescence enseigne toutes les matières dans lesdeux langues à ses 20 élèves de la 1re à la 8e année, certains presque aussi vieux qu’elle. Elle avoue même que « il y en a certains qui m’envoyaient des petits mots doux ».

Elle se souvient de la visite de l’inspecteur d’école, en début de cette première année scolaire : « Vous vous rendez compte, je venais tout juste d’organiser mon horaire à l’endos d’un vieux calendrier parce que c’était le seulpapier que j’avais. » Les conditions de vie sont généralement difficiles. Par les grands froids d’hiver, elle regroupe les enfants autour du poêle à bois pour faire l’école. De cette période, elle dira : « J’en ai attaché des petites bottes et des foulards pour garder les enfants au chaud! »

De 1943 à 1947, Thérèse Gagnier enseigne à l’école de son enfance à Canaan, Ont., à 31 kilomètres à l’est d’Ottawa. Sa classe regroupe 53 élèves de la 1re à la 8e année et âgés de 6 à 14 ans. Ce sont des voisins, des frères et sœurs, des anglophones et des francophones. « C’était un vrai zoo! », dit-elle.

Photo de Thérèse Gagnier et sa classe lors d’une sortie scolaire.

« Les familles survivaient à peine à cette époque, se souvient Thérèse. Les gens étaient pauvres et les enfants n’avaient pas grand-chose à manger dans leursboîtes à lunch. »

En 1946, Thérèse rencontre René, qui allait devenir son mari. Comme les femmes de cette époque, elle cesse alors d’enseigner pour s’occuper de sa famille. Sept ans plus tard, en pleine pénurie d’enseignants, on réussit à la convaincre de retourner enseigner à Bourget alors qu’un conseiller scolaire lui trouve une domestique pour s’occuper de sa maisonnée pendant qu’elle travaille.

Photo de la célébration du départ à la retraite de Thérèse Gagnier

En 1959, la famille déménage à Orléans, en Ontario, maintenant une banlieue d’Ottawa. Thérèse fait tout d’abord de la suppléance puis enseigne à temps plein jusqu’en 1984, terminant ainsi 30 années de service. Il va sans dire que son passage dans l’enseignement a marqué plusieurs générations. Son fils Pierre dit qu’elle était « aimée des enfants, douce et très attentionnée, tout en étant toujours aussi présente pour sa famille ».

Photo of Thérèse Gagnier

À la suite du décès de son mari, elle emménage à la maison de retraite Jardin Royal Garden d’Orléans où, de son balcon, elle peut apercevoir la rue St-Pierre qu’elle a parcourue pendant de nombreuses années lorsqu’elle enseignait à l’école Préseault.

Les membres de sa grande famille élargie, dont ses huit enfants, lui rendent visite lorsqu’ils le peuvent. Elle jouit d’une excellente santé, ce qui nous permet non seulement de pouvoir encore compter sur sa présence attachante, mais aussi sur ses souvenirs précieux qui font déjà partie de la mémoire collective.

Ces commentaires ont été recueillis en avril 2021 lors d’entrevues téléphoniques avec Thérèse Gagnier et son fils Pierre, également membre de RTOERO.

« Vous vous rendez compte, je venais tout juste d’organiser mon horaire à l’endos d’un vieux calendrier parce que c’était le seul papier que j’avais. »– Thérèse Gagnier

Photo de membres de l’Aviation royale canadienne prenant le train à Ottawa pour aller combattre l’Allemagne nazie, 8 mars 1940

Le Canada entre en guerre, 1939
Le Canada déclare la guerre à l’Allemagne en septembre 1939. La déclaration de guerre de la Grande-Bretagne n’a pas automatiquement engagé le Canada, comme cela avait été le cas en 1914. Mais on n’a jamais vraiment douté de la réponse du Canada : le gouvernement et la population soutenaient unanimement la Grande-Bretagne et la France. Après que le Parlement eut débattu de la question, le Canada déclara la guerre à l’Allemagne le 10 septembre. Le Premier ministre William Lyon Mackenzie King promit que seuls des volontaires serviraient outre-mer.

Le Canada n’était pas prêt à se lancer dans la guerre. L’armée régulière de 4 500 hommes, augmentée de 51 000 réservistes partiellement entraînés, ne possédait pratiquement aucun équipement moderne. L’aviation disposait de moins de 20 avions de combat modernes, et la marine d’à peine six destroyers—la plus petite classe de navires de guerre océaniques. C’était un début modeste.
Canadian War Museum = Muséecanadien de la guerre

La vie quotidienne au Canada pendant la guerre
La Loi sur les mesures de guerre invoquée en 1939 a permis à Ottawa de prendre toutes les mesures que le gouvernement jugeait nécessaires pour poursuivre la guerre avec succès. Le gouvernement fédéral contrôlait soigneusement la diffusion de l’information et, en 1941, imposa un contrôle strict des prix et des salaires. À partir de 1942, il rationna des biens de consommation telsque la viande, le sucre, le café, l’essence, le caoutchouc, et les tissus.

Des millions de Canadiens, en plus de ceux qui étaient dans l’armée ou travaillaient dans les industries de guerre ou l’agriculture, ont participé à l’effort de guerre « total». Ils travaillaient bénévolement au sein d’organisations telles que la Croix-Rouge ou en participant à des campagnes de récupération, recueillant tout ce qu’ils pouvaient trouver, des morceaux demétal au papier journal. Pendant toute cette période, des millions de Canadiens, lisant les rapports officiels des pertes dans les journaux, s’inquiétaient quotidiennement du sort de leurs amis et parents outre-mer.
Canadian War Museum = Musée canadien de la guerre

La guerre arrive au Canada, 1942–1945
Des sous-marins allemands coulèrent plus de 100 navires dans les eaux côtières du Canada et de Terre-Neuve. En mai 1942, des U-boot allemands patrouillaient aux environs de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse. Ils avaient même pénétré dans le golfe du Saint-Laurent et dans le fleuve même, où ils avaient coulé plus de 20 navires marchands et navires de guerre, dont un à moins de 300 kilomètres de Québec. Ces pertes incitèrent Ottawa à fermer le golfe du Saint-Laurent à la navigation océanique. En 1944 et 1945, les sous-marins allemands revinrent et coulèrent des bâtiments de guerre canadiens juste au large du port de Halifax.

Quelques Allemands mirent pied au Canada. En 1942, des sous-marins allemands débarquèrent un agent en Gaspésie et un autre près de Saint John (Nouveau-Brunswick); ni l’un ni l’autre ne put agir. En 1943, un détachement débarqué d’un U-boot installa sur la côte du Labrador une station automatique de transmission de données météorologiques.
Canadian War Museum = Musée canadien de la guerre

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